Présentation


Mon travail de sculpteur a très vite été marqué par une succession d’expériences. Je provoquais les matériaux pour aboutir à des formes fines et fragiles. La plupart du temps elles s’effondraient. J’ai donc eu très tôt un rapport à la chute, à la modification aléatoire des formes que je mettais en place. Il m’a fallu accepter ces modifications, inclure leurs transformations et leur propre temporalité dans mes recherches. C’est certainement pour cela que maintenant j’ai la sensation que les formes se font d’elles-mêmes et qu’elles se transforment aussi malgré moi.

Depuis deux ans maintenant, je développe des installations in situ, composées de différents éléments. Ils dialoguent entre eux et avec nous pour nous proposer histoires et scénarios. Ces installations font partie de la série des «Paysages scéniques». Du mobilier accompagne ces Paysages. Il est automatiquement associé à un usage et/ou à un lieu, ce qui permet aux visiteurs de se projeter dans l’espace de représentation.

Lors de mes manipulations avec les matériaux, j’obtiens des images altérées de la réalité. Pour y parvenir, je détourne des savoir-faire et mets au point des astuces qui me sont personnelles. Je cherche à déplacer cette réalité pour donner autre chose à voir. Une forme m’attire lorsqu’elle n’est pas seulement devant nous, mais qu’elle convoque et propose autre chose à l’extérieur d’elle-même.
C’est la plupart du temps le matériau lui-même qui guide ces recherches. Je reste toujours attentif aux formes et accidents qui se présentent. C’est un travail d’intuition et d’observation, un va-et-vient entre une direction que j’entreprends et des formes qui apparaissent.
Les processus de fabrication me sont tout aussi importants que la forme finale. J’utilise beaucoup l’empreinte dans mon travail, l’empreinte d’un matériau mou sur le monde.
La base de chaque expérience vient du réel, je n’invente pas la forme, mais des moyens pour qu’elle se forme elle-même.

Le début d’une recherche est toujours alimenté par le lieu. Je m’intéresse à son histoire puis observe l’espace et comment la lumière et le vide circulent tout au long de la journée. Je cherche ensuite à développer une installation qui discutera avec lui.

Le travail de l’in situ est crucial, tout se passe dans un lieu bien déterminé, c’est ici que les visiteurs sont invités à une danse. C’est ici que le basculement est possible. Ces formes fragiles, tendues sont à l’image du monde qui les entoure. L’in situ est pour moi un travail qui a le pouvoir de rattacher l’art au présent. Présenter quelque chose de fin, de fragile, met le visiteur dans une position d’écoute et d’observation de son propre corps.
Cette danse inclut avec elle notre place dans le monde. Comment chaque individu parvient-il à trouver sa propre forme en adéquation avec ce monde mouvant ?
Des corps en sucre viennent d’apparaître dans mon travail, et questionnent plus frontalement mes préoccupations sur l’impermanence.

Ces espaces scéniques sont à l’image de la vie, ce sont des espaces en mouvement, dans lesquels des individus sont convoqués. Parfois même c’est le visiteur qui complète la scène et la fait vivre.